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PLANTE HÔTE POUR PAPILLONS : POURQUOI LES CHENILLES SONT ESSENTIELLES

 
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Essentielles pour les chenilles
Vidéo Jardinage Québec
 
 
 
 
Résumé de la vidéo et contenu inédit :
 
Sylvie Beaulieu (La Sylphe des Prairies), collaboratrice certifiée de Jardinage Bricolage Autosuffisance Recyclage Québec, est passionnée de nature, de flore indigène, d’insectes, d’herboristerie et de plantes médicinales. Avec son conjoint, elle a créé Prairie Boussole, une prairie de près de 10 000 pi² regroupant près d’une centaine d’espèces indigènes. À travers ses capsules et ses articles, elle partage ses connaissances sur les plantes indigènes, leur rôle écologique et leurs usages, tout en sensibilisant à la préservation de la biodiversité et de notre patrimoine végétal.
 
 
Dans cette vidéo, Sylvie Beaulieu - La Sylphe des Prairies nous explique ce qu’est une plante hôte et pourquoi elle est essentielle aux chenilles et aux papillons. Elle nous invite à observer les chenilles avant de les éliminer du jardin et à mieux comprendre leur rôle dans la biodiversité. À travers l’exemple de la galane glabre et du papillon de Baltimore, elle présente les différentes étapes de leur cycle de vie. Elle montre également pourquoi les plantes indigènes sont indispensables à plusieurs espèces de papillons. Une belle façon d’apprendre à accueillir autant les chenilles que les papillons dans un jardin écologique.
 
 
 
 
Contenu de l'article de la vidéo :
 
Août 2026 :
 

Qu’est-ce qu’une plante hôte? Apprendre à aimer les chenilles autant que les papillons

 
On aime les papillons. On les photographie, on plante des fleurs pour les attirer et on se réjouit lorsqu’ils visitent nos jardins. Mais lorsqu’on découvre des chenilles en train de manger les feuilles d’une plante, notre réaction est parfois complètement différente : on s’inquiète, on pense immédiatement aux dommages et on cherche souvent à les enlever.

Pourtant, il y a une évidence qu’on oublie facilement : avant de devenir un papillon, il faut généralement avoir été une chenille!

C’est exactement la réflexion que j’ai faite en observant une plante indigène qui pousse naturellement au cœur de ma prairie. Une belle galane glabre était tranquillement en train de perdre une partie de son feuillage. Une sorte de toile s’était formée autour des feuilles et, à première vue, quelqu’un aurait facilement pu croire à une infestation qu’il fallait éliminer.

Nous avons plutôt décidé de ne rien faire.

Maxime et moi nous sommes dit : attendons un peu et regardons ce qui va se passer.

Nous avons bien fait. Quelques jours plus tard, les petites chenilles sont devenues beaucoup plus visibles et mes recherches m’ont permis de découvrir quelque chose qui m’a vraiment réjouie : ces larves étaient celles du papillon de Baltimore.

Cette observation est une belle occasion de parler d’un concept essentiel lorsqu’on souhaite favoriser la biodiversité dans son jardin : celui de la plante hôte.
 
 
Une chenille sur sa plante hôte
Une chenille sur sa plante hôte
 

Qu’est-ce qu’une plante hôte pour les papillons?

Une plante hôte est une plante dont dépend un insecte, notamment pendant une partie de son cycle de vie. Chez de nombreux papillons, la femelle recherche certaines plantes précises pour y déposer ses œufs, parce que les chenilles qui en sortiront pourront s'en nourrir.

Il ne faut donc pas confondre la plante hôte avec une simple plante nectarifère.

Les fleurs riches en nectar servent principalement de source de nourriture aux papillons adultes et à plusieurs autres pollinisateurs. Les plantes hôtes jouent un autre rôle : elles permettent aux chenilles de se nourrir et de poursuivre leur développement.

C’est une distinction très importante lorsqu’on aménage un jardin pour les papillons.

On peut avoir énormément de fleurs et voir plusieurs papillons adultes venir se nourrir sans nécessairement leur offrir les conditions dont ils ont besoin pour se reproduire. Pour réellement soutenir leur cycle de vie, il faut aussi penser aux plantes dont dépendent leurs chenilles.

Autrement dit, attirer un papillon et permettre à une population de papillons de compléter son cycle de vie sont deux choses différentes.
 
 

Pour avoir des papillons, il faut accepter les chenilles

C’est probablement l'un des changements de perception les plus importants à faire.

Nous voulons des papillons dans nos jardins, mais nous sommes parfois beaucoup moins enthousiastes lorsque nous découvrons leurs chenilles.

Je le reconnais volontiers : j’ai déjà eu moi-même cette réaction.

On aperçoit des feuilles trouées, une branche partiellement défoliée ou plusieurs petites chenilles regroupées et notre premier réflexe peut être de penser : « Elles vont tout manger! »

Mais avant d’intervenir, il faut observer.

Une chenille qui mange une plante n’est pas automatiquement un ravageur dangereux. Elle peut simplement être en train d’accomplir exactement ce que la nature lui demande de faire.

La question n’est donc pas seulement : « Est-ce que quelque chose mange ma plante? »

Il faut plutôt se demander : « Qu’est-ce qui mange ma plante et pourquoi? »
 
 

Observer avant d’intervenir

Lorsque j’ai remarqué les chenilles sur ma galane glabre, je n’ai pas constaté une invasion généralisée de la prairie.

Le phénomène était très localisé.

Oui, une partie de la plante avait été mangée. Oui, des chenilles étaient présentes. Oui, une toile était bien visible.

Mais lorsque je regardais autour, tout allait bien.

C’est là qu’il faut apprendre à distinguer une interaction écologique normale d’un véritable problème.

Si un arbre ou un arbuste est couvert de milliers de chenilles, si plusieurs végétaux sont fortement défoliés et que l’insecte responsable est une espèce exotique envahissante ou un ravageur susceptible de causer des dommages importants, la situation mérite évidemment une attention particulière.

Mais quelques chenilles regroupées sur une plante ne signifient pas automatiquement qu’il faut intervenir.

Avant de sortir un insecticide, de couper la branche ou d’écraser les chenilles, prenons quelques minutes pour regarder ce qui se passe.

La plante est-elle réellement en danger?

Les dommages sont-ils localisés?

Les autres plantes autour sont-elles touchées?

Quelle espèce de chenille est présente?

Est-ce une espèce indigène?

Cette plante pourrait-elle être sa plante hôte?

Ces quelques questions peuvent complètement changer notre perception de la situation.
 
 

La galane glabre, une plante hôte du papillon de Baltimore

Dans mon cas, la plante observée était une galane glabre, Chelone glabra, une plante vivace indigène de l’est de l’Amérique du Nord que l’on retrouve notamment au Québec.

Et ce n’était pas un hasard si les chenilles étaient installées là.

La galane glabre fait partie des principales plantes hôtes utilisées par le papillon de Baltimore, Euphydryas phaeton.

Pour les chenilles, ces feuilles ne représentent donc pas une plante qu’elles détruisent inutilement. Elles constituent leur nourriture.

C’est exactement le rôle écologique de la plante.

Cette façon de voir les choses change beaucoup notre relation avec les végétaux. Dans un aménagement très ornemental, nous avons tendance à considérer qu’une plante doit toujours demeurer impeccable. Une feuille trouée devient un défaut. Une tige mangée devient un problème.

Dans un jardin consacré davantage à la biodiversité, la même feuille mangée peut devenir une excellente nouvelle.

Elle indique que la plante ne fait pas seulement partie du décor : elle participe réellement à l’écosystème.
 
 

Une plante défoliée n’est pas nécessairement une plante condamnée

La galane observée avait perdu une bonne partie de son feuillage, mais je n’étais pas particulièrement inquiète.

Pourquoi?

Parce qu’il s’agit d’une plante vivace bien établie et que ses racines demeuraient en santé.

Il est important de comprendre qu’un végétal ne se résume pas à son apparence à un moment précis. Une plante vivace possède des organes souterrains qui lui permettent d’emmagasiner des réserves et de repartir lorsque les conditions redeviennent favorables.

Une défoliation importante peut évidemment affaiblir une plante, particulièrement lorsqu’elle se répète, lorsqu’elle touche un jeune plant récemment installé ou lorsqu’elle survient en même temps qu’un autre stress important comme une sécheresse sévère.

Mais une plante vivace vigoureuse peut souvent tolérer une certaine consommation de son feuillage par les insectes.

Dans le cas présent, cette galane était littéralement en train de remplir l’un de ses rôles écologiques.

Je pourrais dire qu’elle était « au service » des chenilles.

Et j’aime beaucoup cette façon de regarder les plantes : tout a sa place et tout a son rôle.
 
 
La Galane Glabre plante hôte du papillon de Baltimore
La Galane Glabre plante hôte du papillon de Baltimore
 

Le cycle de vie du papillon commence sur la plante hôte

Pour comprendre l’importance d’une plante hôte, il faut regarder le cycle complet du papillon.

Le magnifique papillon adulte que nous admirons durant l’été n’est qu’une étape de ce cycle.

Une femelle doit d’abord trouver une plante convenant à ses futures chenilles. Chez le papillon de Baltimore, les œufs sont déposés en groupes sur une plante hôte, notamment la galane glabre.

Après l’éclosion, les jeunes chenilles commencent à consommer le feuillage.

C’est exactement ce que nous avons observé dans la prairie.

Au départ, nous avions remarqué que les feuilles étaient tranquillement mangées. Puis une structure ressemblant à une toile est devenue de plus en plus évidente.

Cette toile n’est pas là par hasard.
 
 

Pourquoi les chenilles fabriquent-elles une toile?

Les jeunes chenilles du papillon de Baltimore ont un comportement grégaire : elles vivent et se nourrissent en groupe durant les premiers stades de leur développement.

Elles produisent ensemble une toile de soie autour d’une partie de la plante.

Cette structure leur procure notamment un abri collectif pendant qu’elles consomment les feuilles environnantes. Au fur et à mesure que la nourriture disponible diminue, elles peuvent étendre leur activité à d’autres parties de la plante.

C’est précisément le genre de phénomène qui peut inquiéter un jardinier.

Une masse de petites chenilles, des feuilles mangées et une toile peuvent donner l’impression que quelque chose de grave est en train de se produire.

Pourtant, lorsqu’il s’agit du papillon de Baltimore sur sa plante hôte et que le phénomène demeure localisé, nous assistons simplement à une étape normale de son cycle biologique.

La meilleure intervention peut alors être… de ne pas intervenir.
 
 

Laisser une partie du jardin suivre son cycle naturel

Cette expérience me rappelle pourquoi j’aime autant observer avant d’agir.

Nous avons parfois développé l’habitude de vouloir contrôler immédiatement tout ce qui se passe dans nos jardins : enlever les feuilles abîmées, éliminer les insectes, nettoyer les tiges, couper les parties qui ne sont plus parfaites.

Mais lorsqu’on laisse un peu de place à la nature, on découvre des interactions qu’on n’aurait jamais pu observer autrement.

Si nous avions éliminé les chenilles dès leur apparition, nous aurions interrompu le cycle du papillon de Baltimore.

Nous aurions peut-être conservé une galane avec davantage de feuilles, mais nous aurions perdu quelque chose de beaucoup plus intéressant : une nouvelle génération de papillons.
 
 
 
 

Que deviennent les chenilles du papillon de Baltimore en automne?

Le cycle du papillon de Baltimore est particulièrement intéressant parce que les jeunes chenilles ne deviennent pas immédiatement des papillons au cours du même été.

Après s’être nourries ensemble pendant une partie de la saison, elles atteignent un stade où leur développement ralentit et elles se préparent à passer l’hiver.

Elles entrent alors en diapause, une forme de repos physiologique adaptée à la mauvaise saison.

Les chenilles passent l’hiver regroupées dans un abri de soie, généralement près de leur plante hôte, parmi la végétation basse et les débris végétaux.

Cette étape nous enseigne quelque chose de très important pour l’aménagement d’un jardin favorable aux papillons : ce qui semble être du « ménage à faire » en automne peut parfois constituer un habitat essentiel pour des insectes.
 
 

Pourquoi éviter de tout nettoyer à l’automne?

Dans un jardin conventionnel, on nous a longtemps appris à tout nettoyer avant l’hiver.

On coupe les vivaces.

On ramasse les tiges.

On enlève les feuilles.

On veut que tout soit propre.

Pourtant, lorsqu’on souhaite favoriser la biodiversité, il peut être préférable de laisser une partie de cette végétation en place.

Les feuilles mortes, les tiges sèches et les débris végétaux peuvent servir d’abris à une foule de petits organismes. Certains insectes y passent l’hiver sous forme d’œufs, de larves, de chenilles, de chrysalides ou d’adultes.

Dans le cas des chenilles du papillon de Baltimore, conserver un environnement relativement naturel autour de la plante hôte augmente les chances que leur abri hivernal demeure intact.

Il ne s’agit évidemment pas de ne plus jamais entretenir son jardin. On peut simplement modifier notre façon de faire.

Au lieu de nettoyer systématiquement chaque centimètre carré à l’automne, pourquoi ne pas conserver certaines zones plus naturelles?

Une prairie, une plate-bande consacrée aux plantes indigènes ou une partie moins fréquentée du terrain peut parfaitement remplir ce rôle.
 
 

Le réveil des chenilles au printemps

Lorsque les conditions redeviennent favorables au printemps, les chenilles du papillon de Baltimore reprennent leur activité.

Elles recommencent à se nourrir et poursuivent leur croissance.

À ce stade, elles deviennent progressivement plus indépendantes et peuvent se disperser davantage. Elles continuent leur développement jusqu’au moment où elles sont suffisamment matures pour passer à l’étape suivante : la chrysalide.

C’est durant cette transformation que se produit l’une des métamorphoses les plus extraordinaires de la nature.

La chenille cesse de s’alimenter, trouve un emplacement convenable et forme une chrysalide. À l’intérieur se déroule une profonde transformation qui donnera finalement naissance au papillon adulte.

Ainsi, les petites chenilles observées à la fin de l’été ne représentent pas un problème à éliminer : elles représentent potentiellement les papillons que nous admirerons la saison suivante.
 
 

Le papillon de Baltimore : un magnifique papillon à découvrir

Le papillon de Baltimore est particulièrement spectaculaire avec son motif contrasté composé de noir, de blanc et de taches orangées.

J’avais d’ailleurs déjà eu la chance d’en photographier un. Je me souviens très bien d’avoir couru derrière pendant une vingtaine de minutes pour réussir à obtenir une belle photo!

C’est un papillon que je trouve vraiment magnifique.

Alors, lorsque j’ai compris que toutes ces petites chenilles présentes sur ma galane pouvaient devenir des papillons de Baltimore, ma perception de la scène était évidemment très différente de celle de quelqu’un qui n’aurait vu qu’une plante mangée.

Je ne voyais plus seulement des chenilles.

Je voyais de futurs papillons.

Et c’est exactement cette perception que j’aimerais transmettre.
 
 

Comment reconnaître une véritable infestation?

Dire qu’il faut apprendre à tolérer les chenilles ne signifie pas qu’il faut ignorer toutes les situations.

L’observation demeure essentielle.

Une présence localisée sur une plante hôte connue est très différente d’une défoliation massive touchant plusieurs arbres ou arbustes.

Lorsqu’une quantité anormalement importante de chenilles apparaît, il faut commencer par identifier l’espèce avant de décider quoi faire. Certaines espèces indigènes peuvent occasionnellement devenir très abondantes, tandis que certains insectes introduits peuvent effectivement causer des dommages considérables.

Il faut donc éviter les deux extrêmes : détruire systématiquement toutes les chenilles ou, à l’inverse, considérer que toute infestation doit nécessairement être laissée sans surveillance.

La bonne approche consiste d’abord à observer, puis à identifier.

Une photographie claire de la chenille, de la plante sur laquelle elle se nourrit et des dommages observés peut souvent faciliter grandement l’identification.
 
 
Une toile de soie est fabriquée autour d’une partie de la plante
Une toile de soie est fabriquée autour d’une partie de la plante
 

Les feuilles mangées peuvent être un signe de biodiversité

Dans une prairie naturelle ou un jardin écologique, quelques feuilles trouées devraient presque être considérées comme quelque chose de normal.

Une plante parfaitement intacte n’est pas nécessairement le signe d’un écosystème plus sain.

Si nous cultivons des plantes indigènes précisément pour soutenir les insectes, il faut accepter que certains de ces insectes les utilisent réellement comme nourriture.

C’est particulièrement vrai pour les plantes hôtes.

Une plante indigène qui nourrit une chenille accomplit une fonction écologique que ne peut pas nécessairement remplir une plante choisie uniquement pour son apparence.

Cela ne veut pas dire qu’il faut souhaiter la destruction de nos végétaux. Il s’agit plutôt d’accepter un certain niveau de consommation.

Une feuille trouée peut nourrir une chenille.

Une chenille peut nourrir un oiseau.

Une chenille qui survit peut devenir un papillon.

Et ce papillon pourra participer à son tour à l’ensemble du réseau écologique.
 
 

Planter pour les papillons, c’est penser à leur cycle de vie complet

Lorsqu’on souhaite créer un jardin pour les papillons, le premier réflexe consiste généralement à choisir des fleurs riches en nectar.

C’est excellent, mais ce n’est qu’une partie de la solution.

Un véritable jardin pour les papillons devrait offrir différentes ressources au cours de leur cycle de vie : des plantes nectarifères pour les adultes, des plantes hôtes pour les chenilles, de l’eau et des microhabitats appropriés, ainsi que des endroits relativement tranquilles où les insectes peuvent compléter leur développement.

La diversité végétale est donc particulièrement importante.

Les plantes indigènes sont très intéressantes dans cette approche parce qu’elles ont évolué en relation avec les insectes présents dans nos écosystèmes.

Certaines relations entre plantes et papillons sont même très spécialisées.

Le cas le plus connu est probablement celui du monarque, dont les chenilles dépendent des asclépiades.

Le principe est semblable avec le papillon de Baltimore et certaines de ses plantes hôtes, dont la galane glabre.

Planter une espèce végétale peut donc avoir des conséquences beaucoup plus importantes que simplement ajouter une nouvelle floraison dans une plate-bande.
 
 

Pourquoi les plantes indigènes sont importantes pour les chenilles

Toutes les plantes ne sont pas interchangeables pour les insectes.

Une chenille ne peut pas nécessairement manger la feuille de n’importe quelle espèce végétale. Au cours de l’évolution, de nombreux papillons se sont adaptés à certaines familles ou espèces de plantes.

La femelle doit donc choisir soigneusement l’endroit où elle pond ses œufs.

Si les chenilles naissent sur une plante qu’elles ne peuvent pas consommer, leur survie est compromise.

C’est pourquoi l’ajout de plantes indigènes dans nos jardins peut contribuer directement au maintien des populations locales d’insectes.

Une plante indigène n’est pas seulement intéressante parce qu’elle est adaptée à notre région. Elle fait partie d’un réseau de relations avec des insectes, des oiseaux et une multitude d’autres organismes.

C’est cette toile de relations qui constitue la biodiversité.
 
 
Papillon de Baltimore
Papillon de Baltimore
 

Avant d’enlever une chenille, posons-nous quelques questions

La prochaine fois que vous apercevrez une toile remplie de petites larves ou une chenille en train de manger une plante, résistez quelques instants au réflexe d’intervenir.

Regardez autour.

Le phénomène est-il localisé?

La plante semble-t-elle autrement en santé?

Pouvez-vous identifier la plante?

Pouvez-vous identifier la chenille?

Cette plante est-elle reconnue comme plante hôte d’un papillon?

Il existe aujourd’hui plusieurs ressources et outils d’identification qui permettent de photographier une chenille et d’obtenir des pistes. Il demeure préférable de comparer plusieurs caractéristiques et sources avant de conclure à une identification certaine, particulièrement lorsqu’une intervention est envisagée.

Quelques minutes de recherche peuvent parfois nous éviter de détruire exactement l’insecte que nous souhaitions attirer dans notre jardin.
 
 

Apprendre à regarder autrement son jardin

Ce que j’aime particulièrement dans cette histoire, c’est qu’elle nous oblige à revoir notre définition d’un beau jardin.

Un jardin vivant n’est pas nécessairement un jardin parfait.

Il peut y avoir des feuilles mangées.

Il peut y avoir des tiges sèches.

Il peut y avoir des chenilles.

Il peut y avoir des toiles.

Il peut même y avoir des choses qui, au premier regard, nous semblent un peu moins jolies.

Mais lorsqu’on comprend ce qui se passe, notre regard change.

Cette toile que quelqu’un pourrait vouloir enlever immédiatement devient l’abri d’une nouvelle génération de papillons.

Cette feuille mangée devient la nourriture d’une chenille.

Cette plante qui semble abîmée devient une plante hôte remplissant parfaitement son rôle écologique.

Et le jardin devient beaucoup plus qu’un décor.
 
 

CONCLUSION

Si nous aimons les papillons, il faut apprendre à apprécier aussi les chenilles.

C’est probablement le message le plus important que je souhaite transmettre avec cette observation faite dans ma prairie.

Nous ne pouvons pas souhaiter accueillir uniquement la partie du cycle de vie que nous trouvons jolie. Le papillon que nous admirons pendant quelques minutes en été a d’abord été un œuf, puis une chenille qui a dû manger beaucoup de feuilles avant de passer par la chrysalide.

Et pour permettre tout cela, il lui fallait une plante hôte.

Ma galane glabre a perdu une partie importante de son feuillage, mais elle a accompli quelque chose de beaucoup plus précieux : elle a nourri une nouvelle génération de chenilles du papillon de Baltimore.

Ses racines sont toujours là. C’est une vivace vigoureuse et elle pourra repartir.

Quant aux chenilles, elles poursuivront leur propre cycle. Elles passeront l’hiver avant de reprendre leur développement au printemps et, si tout se déroule bien, certaines deviendront ces magnifiques papillons que nous aimons tant observer.

Alors, lorsque vous voyez une toile, quelques feuilles mangées ou de petites chenilles dans votre jardin, prenez le temps de regarder avant d’intervenir.

Demandez-vous d’abord s’il s’agit réellement d’une infestation ou simplement de la nature qui accomplit son travail.

Votre plante, votre arbuste ou votre arbre est peut-être une plante hôte.

Et ces petites chenilles que vous étiez sur le point d’enlever sont peut-être les papillons que vous espérez justement accueillir l’été prochain.

Dans la nature, tout a sa place et tout a son rôle. Plus nous apprenons à observer ces relations, plus notre jardin devient intéressant, vivant et riche en biodiversité.

J’ai notamment corrigé et précisé le passage sur l’hivernation du papillon de Baltimore afin d’éviter de laisser entendre que les chenilles vont simplement se cacher individuellement dans les feuilles : leur diapause hivernale fait partie intégrante de leur cycle.
 
 
 
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Sylvie Beaulieu est passionnée de plantes indigènes, de biodiversité, d’herboristerie et de plantes médicinales. Avec son conjoint, elle a créé Prairie Boussole, une prairie de près de 10 000 pi² regroupant près d’une centaine d’espèces indigènes. Elle partage ses connaissances sur la flore indigène, son importance écologique et sa préservation à titre de collaboratrice certifiée de Jardinage Bricolage Autosuffisance Recyclage Québec.
 
 
 
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